Waxes museum
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Wax moulage MHS-9
Collection : Musée d'histoire des sciences, Genève
Inventory number : MHS-118/64
Dimension : 45 x 22 x 31
OPEN FULL SCREEN
WATCH ON SMARTPHONE
Syphilis Wax Gallery by SNF - Neverending Infectious Diseases project is licensed under CC BY-NC-ND 4.0
This wax moulage from the late 19th century represents the chest area of a female subject. Syphilitic sores are painted red around the mammary papillae. They are described in French as “chancres nains des mamelons. Maladie syphilitique”.
This 3D digital copy produced by stitching together hundreds of photographs allows viewers an unsettling episode of web browsing: we can look at the historic artefact from all possible angles, an interaction which would have not been possible in a museum. The 3D object turns us into medical professionals. I suddenly become the avatar of a student of medicine, able to closely analyse the cutaneous manifestations of syphilis. Too closely maybe, since I am not a student of medicine, and I lack the necessary anatomical or dermatological knowledge to do this scientifically.
So what can I make of this digital copy of another copy (a wax moulage) of a human body?
I begin by looking at it from all angles, awkwardly, while trying to make sense of it. As well as make sense of the entire digital experience. The moulage brings to mind the hyperrealistic resin sculptures by Ron Mueck or of Lucien Freud’s paintings of deformed anatomies. While the precision of the 3D copy adds to the disconcerting situation, enabling me to inspect the fine morphology of a baren human body, diseased, foreign, cut apart and wrapped in white cloth.
No matter how I turn this, clockwise or counterclockwise, on my computer screen or inside my head, the feeling of profound dis-ease remains: there is a lingering sense that I should at once stop doing this. To stare like this at a human body which many years ago belonged to someone I know absolutely nothing about. Other than it was once a person, a patient who presented at the “service du professeur Fournier”. Was she a woman infected with syphilis by her husband who came home after messing around in the parisian “underworld”? Was she a “wet nurse” who might have caught it from a baby she unknowingly breastfed? Could she have been a sex worker seeking assistance at Paris’ leading venereal hospital? Perhaps her sick body had been paraded in front of attending male students, before being cast as the wax sculpture we can now view on our screens?
Try to move the wax away from you and place it so that you can look at it from high above, as if it were your own body, as if you were inspecting your own chest, this moulage becoming your own diseased body, real, un-young, un-academic. The 3D experience changes the museographical experience entirely turning the history cards over in a radical and unexpected way. By being able to manipulate the object I am able to reposition my “gaze” (the “museographical gaze”, the “medical gaze”, the “clinical gaze”, the “male gaze”, you name it).
No longer am I examining it with the “student gaze”, or the historian gaze, or the absent minded look of a bored visitor in a dusty museum. The 3D perspective enables me to reposition the object so that I see it, for a few uncomfortable seconds, superimposed on my own body, replacing mine. This body might have been mine: this is not a patient from a distant past, a distant culture, or a different social reality. This is now my body, my disease, my pain. Try it yourself. Can you feel the suffering and the shame and the unease from being stared at? Good. Now you know.
Radu Suciu, University of Geneva (Decembre 2023)
Cette céroplastie de la fin du XIXe siècle représente la poitrine d’une personne de sexe féminin. Des ulcères syphilitiques ont été peints en rouge autour des mamelons. La description en français est la suivante : « chancres nains des mamelons. Maladie syphilitique ».
Cette copie numérique en 3D issue de l’assemblage de centaines de photographies fait vivre au spectateur un épisode de navigation sur internet troublant. En effet, on peut regarder cet artefact historique sous tous les angles, ce qui ne serait pas possible dans un musée. Cet objet 3D nous transforme en professionnels de la santé. Je deviens soudain l’avatar d’un étudiant en médecine, capable d’analyser de près les manifestations cutanées de la syphilis. D’un peu trop près même car je ne suis pas étudiant en médecine et que je n’ai pas les connaissances nécessaires en anatomie ou en dermatologie pour adopter une démarche scientifique.
Que puis-je donc faire de cette copie numérique d’un autre type de copie (la céroplastie) d’un corps humain ?
Je commence par la regarder sous tous ses angles, avec une certaine gêne, en essayant de donner un sens, non seulement à cette image mais à cette expérience numérique dans son ensemble. Ce moulage nous rappelle les sculptures en résine hyperréalistes de Ron Mueck ou les peintures d’anatomies déformées de Lucien Freud, cependant que la précision de la copie 3D rend la situation encore plus déconcertante car elle me permet de scruter la superbe morphologie d'un corps humain dénudé, malade, étranger, découpé et enveloppé d’un linge blanc.
Que je le tourne dans le sens des aiguilles d’une montre ou dans l’autre sens opposé, sur mon écran ou dans ma tête, je garde le sentiment d’un profond mal-aise, ainsi que la forte impression que je devrais arrêter tout de suite de fixer de cette manière un corps humain qui a appartenu, il y a une centaine d’années, à quelqu’un dont je ne sais rien, à part le fait qu’il s’agit d’une personne, d’une patiente, qui s’est présentée dans le « service du professeur Fournier ». Était-ce une femme à qui son mari avait transmis la syphilis après avoir traîné dans les bas-fonds parisiens ? Était-ce une nourrice contaminée par un bébé qu’elle aurait allaité sans se douter de rien ? Était-ce une travailleuse du sexe venue demander de l’aide à l’hôpital parisien spécialisé dans les maladies vénériennes ? Son corps malade a-t-il été exhibé devant de jeunes hommes qui faisaient leurs études, avant de servir à la fabrication de la céroplastie que nous pouvons voir sur nos écrans ?
Essayez d’éloigner la céroplastie de vous et de la placer de manière à la regarder d’en haut, comme si c’était votre propre corps, comme si vous observiez votre propre poitrine. Le moulage devient alors votre propre corps malade, réel, non jeune, non académique. L’expérience 3D change complètement l’expérience muséographique en retournant les cartes de l’histoire de manière radicale et inattendue. Le fait de pouvoir manipuler l’objet me permet de changer le regard que j’ai sur lui (le « regard muséographique », le « regard médical », le « regard clinique » ou encore le « regard masculin/male gaze », appelez-le comme vous voulez).
Je ne peux plus l’examiner avec le « regard de l’étudiant », un regard d’historien, ou bien du regard distrait d’un visiteur qui s’ennuie dans un musée poussiéreux. L’image 3D me permet de placer l’objet de façon à ce qu’il se superpose à mon propre corps, qu’il le remplace pendant quelques secondes pénibles. Ce corps aurait pu être le mien. Ce n’est pas un patient venu du passé, d’une culture lointaine ou d’une réalité sociale différente. C’est désormais mon corps, ma maladie, ma douleur. Essayez à votre tour. Ressentez-vous la souffrance, la honte et la gêne d’être fixé ainsi ? Bien. Maintenant, vous savez.
Radu Suciu, Université de Genève (décembre 2023)
Traduction : Loïse Poinsot